De la régate aux parcs à huîtres... Créé en 1912, le monotype d'Arcachon forma des centaines de barreurs. L'arrivée des Sharpies 9 m², Canetons, et Vauriens, puis des dériveurs en plastique sonna la fin de ce canot (ou presque...).
"Tom", à Gujan Mestras, en 1994. En attendant la prochaine marée...
(Photo : Guy Terrasson).Dans les années 50, le monotype C.V.A. fut délaissé par les jeunes plaisanciers au profit de canots plus légers et donc plus rapides. Beaucoup finirent leurs vies abandonnés dans des jardins ou garages. Certains furent rachetés par des pêcheurs amateurs ou professionnels et continuèrent ainsi à naviguer sur le Bassin. Son volume, pour un canot de 4 mètres, sa stabilité, le fait qu'il marchait fort bien à l'aviron et que l'on pouvait aisément fixer un moteur hors-bord sur son tableau arrière faisaient que le monotype C.V.A. était très apprécié par ses nouveaux utilisateurs.
Il existe dans le port du Canal à Gujan Mestras Tom, qui, malgré ses 60 ans, se rend presque tous les jours dans les parcs avec son propriétaire ostréiculteur. Et c'est son histoire que je vais vous conter.
Tom, est né dans le chantier Barrière en 1937. Ses propriétaires, MM. Thubé frères le baptisèrent Ebuht. La première année, avec le numéro 51, au sein du Cercle de la Voile d'Arcachon, il participa aux nombreuses régates organisées à cette époque sur le Bassin. Il n'y brilla guère, mais il faut dire que Mon Type à M. Bordessoules et Mas Aimé à MM. Hamelle et Guiraud étaient des adversaires redoutables et que ces deux bateaux se disputaient régulièrement les premières places.
Ebuht continua à courir en 1938 et 1939. Mon Type et Mas Aimé continuaient à accumuler les succès. Mais des bateaux comme Bobenec à M. Jean Pierre Mounesté, Goéland à M. Biénabe, Geneviève II à M. Courtaigne leur donnaient du fil à retordre.
La guerre interrompit les régates organisées par le Cercle de la Voile d'Arcachon jusqu'en 1945. En 1946, Ebuht fut vendu à M. Pierre Morel qui lui donna le nom de Miky, diminutif du prénom de sa femme.
Cette année là, il affronta Mouflet, Bobenec, J3, Fontebride, Chipette... et s'en tira fort bien pour sa première année de compétition avec son nouveau propriétaire.
"Miky" (n° 51) à M. Pierre Morel,
en régate devant Arcachon, vers 1960.
Il précède "Lovely" (n° 160)
(Photo: collection Micheline Morel).A partir de 1950, les monotypes C.V.A. commencèrent à délaisser, puis complètement déserter les régates organisées par le C.V.A.. En 1959, sous l'impulsion de Pierre Mallet, les petites voiles au tiers recommencèrent à égayer le Bassin et Miky s'en donna à coeur joie en régatant contre les Chevalier Gambette, Ki Soumi, Bikini, Lovely, Mar Mar, Quo Vadis, Le Tordu...
"Ebuht" (n° 51), en 1939,
à MM.. Thubé
(Photo : collection Christine Thubé).Les monotypes C.V.A., après ce sursaut d'activité furent de nouveau délaissés et il faudra attendre plus de trente ans avant de les revoir en grand nombre naviguer ensemble. Mais ceci est une autre histoire... Miky, fut vendu à M. Marcel Lefèvre, charpentier de marine, en 1979. Il lui donna le nom de Tom, le restaura et dut malheureusement plastifier sa coque.
Quelques années plus tard il en fit don à M. Franck Rousset, ostréiculteur à Gujan Mestras, qui s'en servit pour pêcher et comme bateau de service pour le travail sur les parcs.
Il me conta que c'était un sacré canot et que l'on pouvait en mettre des tramails à bord!". Aujourd'hui, Tom est bien fatigué! Mais je n'en suis pas trop triste. Comme je fais partie des gens qui pensent que les bateaux en bois ne sont pas que des choses inanimées, je crois que Ebuht a, lui aussi, droit au repos. Et puis, quelle vie, il a eu!
Guy Terrasson
Vous êtes
à être passés nous voir depuis le 01/01/98 :-)
Création, design, hébergement
Pour toute recherche externe, un
bon lien :
Avec la participation de :