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LES PASSES
Une zone instable, les passes de lentrée du Bassin d'Arcachon.
RAPPEL DES FAITS:
1° Dans le delta sous marin se rencontrent :
- 200 000 à 1 million de m3/an de sédiments issus de l'érosion interne du bassin,
- 600 000 m3/an de sables amenés par la dérive littorale Nord-Sud, tout cela brassé par les marées. Chaque marée, il y en a 4 par jour, représente 200 à 450 millions de mètres cubes d'eau et apporte en moyenne 2 915 tonnes de sédiments supplémentaires.
2° La presqu'île s'est allongée entre 1708 et 1987 de 12 mètres par an, soit plus de 3,3 Km. Si un récent recul de 350 mètres a été constaté depuis 1982, l'allongement devrait reprendre pour atteindre 1200 m d'ici un siècle.
3° Dans le même temps, et c'est pour cela que le bassin ne se ferme pas, la côte sud a reculé de 1875 à 1971. Elle a reculé de 910 mètres aux Galouneys, au même endroit en 4 ans (de 1966 à 1970), 4,2 millions de m3 de sable sont partis. Les prévisions de lévolution naturelle pour un siècle sont de 1600 mètres d'érosion en profondeur entre le Petit Nice et la Salie.
Le cycle des passes est d'environ 80 ans et fonctionne selon le schéma suivant :
Lorsque l'axe de la passe sud s'incline vers le sud (angle de 230° W.SW), la passe nord s'ouvre et au bout d'une quinzaine d'années devient fonctionnelle, il y a alors deux passes (1932 à 1955).
Puis elles se rejoignent pour former une passe médiane (1955).
L'ensemble migre alors vers le sud formant une seule passe (1979) qui continue à progresser vers le sud d'où l'ouverture d'une nouvelle passe nord (1990) et le cycle recommence.
Actuellement la passe sud est fermée à la navigation et dans quelques années la passe nord, longue de 5,5 Km, deviendra médiane. Ce mouvement provoque le déplacement des bancs de sable qui occupent les passes actuellement du nord au sud : les bancs du Toulinguet, du Chien et d'Arguin.
Robert AUFAN
(Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch)
PROJETS SUCCESSIFS et D'AMELIORATION
DES PASSES DU BASSIN D'ARCACHON
Texte tiré des Actes du Colloque Arcachon - Octobre 1990
" Le Littoral Gascon et son Arrière Pays I "
Aux XVème et XVIème siècles, l'entrée du havre d'Arcachon "était déjà encombrée de bancs dont les parties hautes formaient des émergences aréneuses, voire des îles éphémères : Le Matoc, la Pile .... poussés vers le sud, ils finissaient par s'accoler au rivage méridional ... La migration des bancs entraînait celles des passes qui se renouvelaient du nord au sud suivant un cycle plus ou moins régulier ... Il semble qu'à la fin du XVème siècle, il y avait deux passes dont la plus septentrionale était la plus profonde... mais il est possible qu'au XVIème siècle la migration des bancs et des passes ait porté la grande passe vers le sud, le long de la côte des Pillars... En dépit des projets mirobolants que le souci du Bien Public et la défense navale du royaume inspira quelques fois aux savants hydrographes du roi, jamais le port d'Arcachon ne réussit à se libérer du carcan que la nature lui imposait".(1)
Ces projets mirobolants vont être exposés ainsi que ceux qui virent le jour par la suite. Sera cité également ce qui a été avancé par des océanographes, des armateurs, des hommes politiques et des journalistes jusqu'à ce mois d'octobre 1990, date de ce colloque, sans que pour autant le port d'Arcachon ait réussi à se libérer du "carcan" que la nature lui a imposé.
M. de Courson, intendant de 1709 à 1720
"Sur toute l'étendue de la côte de Gascogne, il n'y a aucun port. Les côtes sont si dangereuses que les bâtiments tachent avec soin de s'en éloigner... Il y a seulement sur le milieu de la côte un bassin, nommé Arcasson, où les bâtiments pourraient hazarder d'y entrer s'ils étaient forcés par un extrême péril... Une frégate du roy de quarante canons y entra, n'ayant plus d'autre ressource, il y a environ vingt ans. Tous les habitants du pays regardent cet événement comme un miracle"(2).
Ingénieur des Ponts et Chaussées Tardif
Le 27 décembre 1764, devant l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Bordeaux, il affirme que les passes pourraient être rendues sûres en aménageant à demeure une seule entrée(3).
Ingénieur géographe Mesny
En 1763 il écrit: "Si l'on pouvait fixer les sables qui forment une isle, dite Matoc, à l'entrée de ce bassin dans la mer, ou que le terrein fut plus solide, on pourrait construire le plus beau port et le plus sur, peut-être, de tout l'univers"(4).
1768
Dans un document sans nom d'auteur, intitulé "Mémoire et observations générales sur la coste d'Arcachon", il est proposé de fermer le passage compris entre le Cap Ferret et l'île du Matoc et de concentrer les eaux dans la passe sud(5).
1776 à 1788
Delorthe, négociant à Bordeaux, soumit en 1776 au gouvernement un projet de canal de la Garonne à l'Adour passant par le bassin d'Arcachon. M. de Sartine, ministre de la Marine, chargea de l'étude du dossier le baron Charlevoix de Villers, ingénieur ordinaire du roi au département de la Marine, qui arriva à La Teste en septembre 1778 pour s'informer sur place.
Pour cet ingénieur, les bancs de sable qui obstruaient les passes étaient formés par le sable des dunes littorales transporté par le vent. Il fallait donc d'abord fixer ces dunes, ensuite on réduirait l'ouverture du havre au sixième de sa largeur. Pour cela, il faudrait supprimer toutes les passes autres que celle de Kearnay "pour augmenter la vitesse des eaux, leur puissance et leur poussée à tous les descendants" et "construire un cléonage appuyé sur l'enracinement des dunes qui traverserait les passes sud et nord et finirait aux environs de chacun des bords sud et nord de la passe de Kearnay"(6).
Informant l'intendant Dupré de Saint-Maur des conclusions du rapport de Charlevoix, le ministre de la marine se déclarait convaincu que "mettre le courant entre deux parois consolidées" lui donnerait la force de creuser les sables qui s'arrêtent sur les hauts fonds(7).
Charlevoix de Villers dut quitter La Teste avant de passer à l'exécution de ses projets de fixation des passes. Ceux-ci, au demeurant, furent contestés et la difficulté de l'entrée du bassin considérée comme insurmontable. "Cette entrée, qui est fermée par une barre plus considérable que celle de Bayonne", est-il dit dans un mémoire du 11 avril 1788, remis au comte de la Luzerne, ministre de la marine, "n'a qu'une passe étroite et dans laquelle les profondeurs varient continuellement. Cette passe elle même est sujette à changement à presque toutes les marées par linstabilité des bancs de sable qui bordent toute cette côte ".
Vouloir fixer ces bancs, vouloir creuser cette passe en joignant le Cap Ferret à l'isle du Matoc, est une entreprise impossible à exécuter et dont l'essai couterait des sommes immenses"(8).
1792
Le 11 octobre, le Conseil Général de la commune de Bordeaux envoie à La Teste le citoyen Lefebvre pour sonder la passe à l'intérieur et à l'extérieur.
1819
Au cours de la séance du Conseil Municipal de La Teste, tenue le 4 mai, le conseiller Fleury, également conseiller d'arrondissement, lit un rapport sur les désastres du "peougue"(9), qu'il attribue non aux passes, mais au fait que les chaloupes de pêche ne sont pas pontées.
1829-1830
Dans son livre "Promenades en Gironde ", Jacques Arago signale que tous les ministres de la Marine qui se sont succédé depuis la République "ont senti la nécessité de rendre le Bassin d'Arcachon au commerce et aux navires de l'Etat", mais "le nombre de bâtiments, dont cette passe a causé la perte, est immense et il n'y a guère d'années que le commerce ou l'Etat n'ait à gémir sur quelque funeste catastrophe".
Cette même année, le préfet de la Gironde d'Haussez présente un projet pour faire cesser ces catastrophes. Il s'agit d'ouvrir au travers du Cap Ferret une nouvelle entrée et de fermer l'ancienne avec des carcasses de navires. Ce projet est combattu par l'ingénieur Beautemps-Beaupré qui estime impossible de boucher le chenal existant et fait valoir qu'à l'entrée du chenal projeté se formerait inévitablement une barre; d'autre part ce nouveau chenal ne manquerait pas d'apporter des troubles dans le régime intérieur du Bassin. En 1830, la commission(10) nommée pour étudier le projet émit cependant un avis favorable, mais rien ne fut entrepris.
1835
M. Jules Maréchal déclare que les capitaines de navire et les pilotes du port de La Teste affirment que la passe s'est singulièrement améliorée depuis 1830, qu'elle offre toute sécurité et qu'il est facile d'y entrer même en louvoyant(11).
Par contre l'ingénieur hydrographe Monnier assure "qu'aucun travail d'art, quelque bien aménagé qu'il fut, ne pourrait avoir pour résultat la création d'une passe d'un facile accès en tout temps"(12).
1836
Après le naufrage de mars au cours duquel soixante-dix-huit marins de La Teste et de Gujan périrent, David Allègre, ancien officier de la Marine de Guerre, dans sa brochure "De la pêche dans le Bassin d'Arcachon" estime que le danger des passes serait moindre si les chaloupes de pêche étaient pontées. Pour lui, le remède n'est pas dans l'aménagement des passes mais dans l'utilisation pour la pêche au large de bateaux à vapeur.
1839
L'ingénieur hydrographe Wissocq propose un barrage entre l'Ile aux Oiseaux et la côte ouest et le creusement d'un chenal au départ de l'Escourre du Boque à proximité du phare en construction. Selon lui, la passe sud se comblerait d'elle même.
1854
Le 20 janvier, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, écrit au Ministre de la Marine qu'il espère bien que le Bassin d'Arcachon deviendra un port de guerre. Le 29 juin, le Conseil Municipal de La Teste écrit, lui, à lEmpereur : "Rien n'égale la magnificence de ce bassin... l'entrée seule en est difficile. Vous prescrivez à la science de compléter l'oeuvre de la nature et la France maritime sera dotée du plus beau port militaire de dEurope ".
1855
Jean Lacou, dans un "Examen critique sur le Bassin d'Arcachon", reprend le projet du préfetd'Haussez et celui de l'ingénieur Wissocq et popose de creuser un chenal du Bassin à l'océan entre Piquey et le phare (13).
Le 21 septembre 1854, le ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics avait demandé à l'Ingénieur ordinaire Pairier un rapport sur les possibilités d'amélioration des Passes. Celui-ci termine son rapport le 30 mars 1855.
La passe devrait être fixée dans une direction à peu près normale à la côte. Les chenaux secondaires seraient fermés au moyen, au sud, d'une jetée se rattachant à la rive sud par une courbe tangente à cette rive, au nord par une autre jetée partant de l'extrémité du Cap-Ferret et se dirigeant vers la jetée sud en s'inclinant un peu vers l'ouest afin d'empêcher la passe de dévier vers le nord ; ces deux jetées seraient submersibles.Le 12 avril, l'ingénieur en chef Droeling formule son avis sur le projet Pairier : La digue qui fermera la passe sud devra se raccorder avec le rivage à la hauteur de la dune de La Grave, vis-à-vis le banc d'Arguin, et aura une longueur de 3.375 mètres. La digue envisagée au Cap Ferret ne sera construite que si celui-ci est attaqué par l'érosion.
1856-1858
Est créée en 1856 une commission d'enquête. Elle est composée du capitaine au long cours Moureau, de La Teste, du maître au cabotage Dacquey et du patron de pêche Guilhot. Ils devront entendre les marins et toute personne qu'ils jugeront utile de consulter et, bien entendu, se transporter sur les lieux.
En septembre 1856, le ministre vient se rendre compte sur place. La décision ministérielle paraît le 16 février 1857. Il n'y aura pas de jetée au nord, la jetée sud se terminera à sa rencontre avec le banc du Matoc. Le projet définitif est signé le 5 novembre 1858: La longueur de la jetée sud est fixée à 1715 mètres.
Le 24 août de cette même année, le Conseil Général de la Gironde avait déploré la disparition dans les passes de quinze marins et exprimé le voeu que dans le plan d'amélioration des passes soient prévus un système de balises, un service de pilotage, la construction d'un mât de signaux et l'affectation d'un bateau de sauvetage à vapeur.
1859
Le journaliste arcachonnais jean Lacou, toujours en première ligne pour promouvoir le port d'Arcachon, afin de démontrer que la passe n'est pas infranchissable par les gros bâtiments, donne en exemple la performance du Cosmopolite. Ce navire à vapeur et à voiles, construit dans les chantiers Arman à Bordeaux, quitte cette ville le samedi 6 août. Les Compagnies d'Assurances ont refusé de l'assurer, mais à sa barre se trouve Bettus, un des plus braves et des plus intrépides marins de La Teste. En face de Royan, on stoppe la machine et on franchit l'estuaire à la voile. A 19 heures on remet la machine en marche et le dimanche 7 août, à 8 heures et à basse mer, la barre du Bassin est facilement franchie (14).
Le 10 octobre, l'Empereur vient par le train à Arcachon, accompagné de l'impératrice et du prince impérial. Il est harangué par le maire Lamarque de Plaisance qui évoque "ce port de refuge, indiqué par Vauban, projeté par l'illustre chef de votre dynastie et dont la France devra la réalisation à votre Majesté". Rendant compte de l'événement, un journaliste optimiste écrit dans "La Gironde" : "le jour n'est peut-être pas bien éloigné où les pêcheurs du Bassin, si souvent victimes de la tempête, auront à bénir l'Empereur de leur avoir donné un immense port de refuge contre les fureurs de l'océan".
1862
Rien n'a été encore entrepris, mais les ingénieurs ont proposé une modification au projet Pairier-Droeling. La jetée pleine devrait être remplacée par une jetée mixte composée d'enrochements jusqu'à deux mètres sous basse mer et surmontée d'une claire-voie élevée à cinq mètres au-dessus des pleines mers de vives eaux.
1863
L'armateur Coycaut reprend le chalutage mais la nouvelle société, quatre ans plus tard, fera faillite en raison des difficultés d'exploitation dues à l'impraticabilité périodique de la Passe.
Le 15 novembre, Elisée Reclus écrit dans la Revue des Deux Mondes : "La France serait coupable comme Nation si elle ne trouvait pas le moyen d'utiliser cet admirable bassin qui pourrait donner asile à des milliers de navires".
1866
Au mois de septembre, des Arcachonnais envoyés en députation sont reçus à Biarritz par Napoléon III. L'Empereur les assure que les travaux d'aménagement des passes vont recevoir un commencement d'exécution et en novembre, la municipalité décide que le futur port s'appellera : Port Napoléon III.
C'est dans le courant de cette année 1866 que le bateau Le Morlaisien, affrété par l'armateur Coycaut et transportant des huîtres du Portugal en vue de leur acclimatation dans le Bassin, ne peut franchir les passes et doit se réfugier en Gironde. Le capitaine tente en vain de vendre ses huîtres à Bordeaux, les services sanitaires les ayant jugées impropres à la consommation en raison de leur état de décomposition dû à leur entassement et à la durée du trajet. Il rebrousse chemin, mais l'odeur est telle qu'entre Saint-Vivien et Le Verdon il fait jeter la cargaison à l'eau. Quelques huîtres survivront et se multiplieront. Leurs descendantes par la suite seront utilisées pour remplacer l'huître plate en voie de disparition dans le Bassin. C'est donc à des passes en colère que la Crassostréa angulata doit son apparition en Gironde. C'est bien la seule bonne action à mettre à l'actif des passes du Bassin d'Arcachon.
1867
L'abbé Mouls, curé d'Arcachon, ne se préoccupait pas uniquement du salut des âmes, ils s'intéressait aussi à la vie de la cité et venait de faire paraître un livre dont le titre était "PortArcachon".
Le 20 février, d'Orléans, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, écrivit au curé d'Arcachon pour le féliciter et l'approuver. L'archevêque s'aventura même à laisser entendre qu'il était possible de créer un port à Arcachon "vite et à peu de frais", cette rade immense pouvant "aussitôt qu'on le voudra rendre de grands services aux marines marchandes aussi bien qu'à la marine militaire".
La balistique lui étant, sans doute, aussi familière que la théologie, il n'hésitait pas à conclure à propos du Bassin d'Arcachon que "aucun projectile ennemi ne serait capable de troubler la surface de ses eaux protégées par une ceinture de dunes fort élevées"(16).
1872
Il n'y a pas de "Port Napoléon" sur les bords du Bassin. Le souverain déchu vit exilé en Angleterre et l'avenue dans la ville d'Arcachon qui s'appelait "Avenue de l'Empereur" a été débaptisée et s'appelle désormais "Avenue Victor Hugo". Mais l'amélioration des passes est toujours d'actualité. Pour accroître sur elles l'action du jusant, l'ingénieur Gaspari propose de faire enlever sur les crassats 31 millions de mètres cubes de vase. L'opération sera doublement bénéfique : Le volume d'eau emmagasiné dans le bassin sera augmenté et la vase enlevée pourra être utilisée comme engrais par les agriculteurs !(16)
1877
Le 11 septembre, le président de la République, Maréchal de Mac Mahon, vient en visite à Arcachon. Devant lui le maire Deganne évoque le problème des passes, toujours en instance. Sans leur amélioration, le Bassin d'Arcachon "capable de contenir toutes les flottes d'Europe" ne pourra devenir "le port de refuge objet des méditations de Vauban". Pour se rendre compte, le maréchal embarqua sur L'Hirondelle et poussa une pointe jusqu'au ... Cap Ferret.
1886
L'ingénieur Clavel constate qu'aucun des projets d'amélioration de l'entrée du bassin n'a reçu un commencement d'exécution. Pour cet ingénieur, il est peu probable que des tentatives soient faites en raison des difficultés et des incertitudes ; au demeurant un port commercial à Arcachon n'a pas d'avenir(16).
1890
Avis semblable dans le Dictionnaire de géographie de la France et des colonies, de Paul Joanne, qui vient de paraître : si l'on a pas encore commencé les travaux projetés pour l'amélioration des passes, c'est parce que lutter à la fois contre les sables et contre la vague est "une rude et presque vaine entreprise".
1920
Trente années se sont écoulées avant que l'intérêt pour lamélioration des passes ne soit réveillé par un comiité d'études pour les passes d'Arcachon, créé à Bordeaux par Albert Rödel. Cet industriel donne de nombreuses conférences dont la presse rend compte et, dans la Revue Philomatique de Bordeaux, affirme que l'état défectueux des passes empêchent les bateaux sardiniers de sortir quinze jours sur trente. Si le danger des passes disparaissait, c'est deux cents chalutiers à vapeur qu'aurait le port d'Arcachon, "qui deviendrait le Vigo français".
1921
C'est l'année de la parution de l'ouvrage de l'officier des Douanes Bernard Saint-Jours "Le Littoral Gascon ". Aux partisans du dragage des passes l'auteur y répond: "un bon dragage vous permettrait de sortir et de rentrer pendant deux semaines, mais au bout d'un court laps de temps le travail du courant marin, qui pousse sournoisement et sans trêve les grains de sable, aurait effacé vos efforts de dragage".
Saint-Jours juge inexécutables tous les projets présentés jusqu'à ce jour. En ce qui le concerne, il pense "qu'une jetée en maçonnerie, comme celle des quatre fleuves côtiers des Landes et conduite jusqu'à la laisse de basse mer... tiendrait dégagée et profonde la passe nord".
1925
Le IXème Congrès National des pêches et industries maritimes tient ses assises à Bordeaux. Manley-Bendall, vice-président de la société d'océanographie de France, y trouve "inimaginable" à propos des passes, que l'on ne tente rien, car "nous ne manquons pas," dit-il "d'ingénieurs de talents" mais il a le sentiment de "prêcher dans le désert".
1936
Saisi du problème de l'érosion de la côte du Cap Ferret le Conseil Municipal de La Teste délibère le 3 novembre. Il n'y a qu'un remède : la création d'une passe unique mais "les travaux à entreprendre et des dragages incessants sont hors de proportions avec les intérêts en jeu".
1952 à 1954
Après la guerre 1939-40 et les années d'occupation, sous la lVème République, le problème des passes reste entier. En 1952, dans la Revue Richesses de la France, M. Henri Cottard, directeur du port autonome de Bordeaux, écrit: "L'aménagement de la passe ne pourrait être obtenu qu'au prix de travaux coûteux et ceux-ci ont toujours été considérés jusqu'à maintenant comme hors de proportion avec les intérêts enjeu"
En 1954 dans "Le Figaro" du 3 novembre, le président du Syndicat des Armateurs d'Arcachon estime que l'instabilité de la passe immobilise les chalutiers quarante jours par an.
1961 à 1965
La Vème République a remplacé la IVème, mais les lamentations continuent : pour M. Lajugie en 1961 dans la Revue Historique de Bordeaux, "La difficulté d'accès aux passes en hiver compromet la régularité des apports".
En juin 1962, le directeur de l'I.S.T.P.M. fait paraître dans la revue "Cultures marines. Rivages de france" la lettre qu'il a adressée au Secrétaire Général de la Marine traitant de la salinité des eaux du Bassin. Il conviendrait selon lui d'envisager "si possible" l'élargissement et la fixation des passes. Dans le Journal d'Arcachon du 11 novembre 1964, l'auteur de l'article "Nos marins gagnent-ils leur vie ?", fait état de l'impraticabilité des passes au moins soixante jours par an.
Dans le cadre des conférences du Cercle Universitaire, M. Jean Dubourg, président du Comité local des pêches maritimes, fait en mai 1965 l'historique de la pêche au chalut à Arcachon. "Les sociétés de pêche ont périclité, dit-il, bien que leurs dirigeants aient été des hommes de grande valeur, parce qu'ils eurent à lutter contre les passes qui immobilisent les gros chalutiers pendant près de deux mois par an. Concevez-vous une industrie, une usine, demanda le conférencier, qui puisse stopper son exploitation pendant une telle durée ? "
1968
Le chalutier La Dame de Coeur disparaît dans les passes en février. Ce naufrage, annonce le journal "L'Avenir d'Arcachon", remet à l'ordre du jour le problème des passes: "Notre député et conseiller général, M. Frank Cazenave, s'est penché sur ce problème mais il est très difficile à résoudre".
Dans "Sud-Ouest" du 3 décembre, le maire d'Arcachon, M. de Gracia, estima que du fait du mauvais temps dans les passes, la moyenne annuelle de sortie des bateaux de pêche était seulement de 180 jours.
Le 12 octobre précédent, "L'Avenir d'Arcachon" avait triomphalement annoncé que le Président Directeur Général du laboratoire central d'hydraulique de France avait été chargé de l'étude sur maquette des mouvements des passes du Bassin d'Arcachon. Pour cela, une maquette exacte du Bassin serait construite dans la zone industrielle de La Teste. Le Conseil Municipal de La Teste confirmait le 7 novembre.
1969
A l'initiative du journal "La Vie de Bordeaux" eut lieu en juillet au Cap Ferret un débat réunissant M. Adam, ingénieur du service du port autonome de Bordeaux, le capitaine de frégate Beauchêne, chef de mission au laboratoire central d'hydraulique de Maisons-Alfort, M. Bouchet directeur de l'Institut de Biologie Marine d'Arcachon, Messieurs Robert, Lefort, Caubit du Conseil Municipal de La Teste. La conclusion du débat fut qu'il fallait rechercher la maîtrise du chenal constituant les passes intérieures du Bassin pour tenter de faire décoller du rivage le chenal de jusant qui érode toute la face Est du Cap Ferret et du chenal de flot qui érode les rivages du Pilat, de Moulleau et d'Arcachon.
En décembre dans le journal "Sud-Ouest", M. Roger Martimort, ostréiculteur à Audenge, inquiet de la raréfaction du plancton due à l'engorgement des passes, préconise le maintien de l'ouverture de la passe nord. Pour ce faire, immerger systématiquement et de façon continue des carcasses d'autos, lestées de blocs de pierre, au fur et à mesure du creusement du chenal et du côté où se fait la poussée du sable.
En 1829, rappelons-le, le préfet d'Haussez avait préconisé l'immersion de carcasses de navires. Pas plus qu'en 1829 des carcasses de navires, ne furent immergées en 1969 des carcasses d'autos, en sorte que pourrait bien se réaliser la prédiction de M. Labrid dans son livre " L'ostréiculture et le Bassin d'Arcachon", paru cette même année 1969 : "Le cycle réalisé depuis 1922 devrait ramener les passes tout à fait au sud, vers l'an 2010, si aucune action humaine ne vient d'ici là modifier son déroulement".
1971 à 1978
Dans le journal "Sud-Ouest" du 8 février 1971, M. Robert Latéoule signale que le volume d'eau planctonique entrant dans le Bassin à chaque marée diminue à mesure que se renferment les passes d'où craintes pour l'ostréiculture.
Lors de la séance du Conseil Général du 11 janvier 1972, le maire de La Teste, Conseiller Général, rend compte des études faites sur maquette, non à La Teste mais à Maisons-Alfort. La fixation de la passe nord pourrait résoudre les difficultés. Il propose que la M.I.A.C.A. fasse effectuer des études complémentaires par le Laboratoire Central d'Hydraulique de France. Le Conseil Général donne son accord.
Toujours au Conseil Général, le 22 janvier 1974, le maire de La Teste, Conseiller Général du canton, rapporteur du dossier sur l'aménagement des passes, a le regret d'annoncer "qu'il est apparu que l'importance des capitaux à mobiliser, sans que l'on puisse d'ailleurs être sûr de la totale efficacité des travaux, est telle qu'il ne semble pas raisonnable d'envisager un tel investissement au moment où les communes, le département et l'état sont engagés dans la réalisation, coûteuse mais indispensable, du système d'assainissement général du Bassin d'Arcachon". Ce n'est qu'une fois les travaux d'assainissement terminés que se posera le problème du financement de l'aménagement du Bassin.
Le 27 février 1975, le journal "Sud-Ouest" rend compte d'une récente réunion à la Préfecture : L'étude hydraulique du Bassin est terminée. Trois opérations sont jugées nécessaires :
1°) La création de baïnes artificielles à l'intérieur du Bassin,
2°) Le dragage des chenaux,
3°) L'endiguage de la pointe du Cap Ferret.Elles coûteraient 430 millions. Question posée : Qui va payer ?
Le 15 mars 1978, le journal "Sud-Ouest" rend compte de la dernière séance du syndicat intercommunal du Bassin d'Arcachon. Le docteur Ichard, Conseiller Général du Canton de La Teste, y a déclaré que l'étude menée par le laboratoire hydraulique de France, dans son état actuel, n'apporte rien de valable. Le projet de creusement d'un chenal destiné à mettre en eau constante le nord du Bassin, projet lancé par M. Biasini, nécessiterait l'enlèvement de 360 millions de mètres cubes de vase et le coût en a été évalué à 35 millions de francs.
A la fin de cette année 1978, en décembre, le chalutier arcachonnais Béatrice disparaît dans les passes avec son équipage de cinq hommes. En 1990, douze ans après ce malheur, où en est l'aménagement des passes ? Les articles parus dans "Sud-Ouest" durant le courant du mois de juillet nous donnent la réponse :
9 juillet 1990
Pas de dragage de la passe nord. Le rapport de la Société d'Etudes Hydrauliques est formel : on dépenserait cinq à dix millions pour rien à vouloir creuser les bancs de l'entrée du Bassin dArcachon.
12 juillet 1990
Pour manifester leur mécontentement les marins pêcheurs traversent le champ de tir maritime du Centre d'Essais des Landes et menacent d'aller manifester à Bordeaux lors du rassemblement des grands voiliers.
14 Juillet 1990
Sous la pression des marins pêcheurs, le Syndicat Intercommunal du Bassin dArcachon accepte finalement de faire draguer la passe nord.... quand la morphologie des lieux sera favorable!
19 Juillet 1990
Peu satisfaites des résultats obtenus par leurs maris, les femmes de marins adressent une lettre ouverte au Président du Conseil Général dans laquelle elles demandent un dragage immédiat de la passe. A la lettre est jointe la liste des naufrages survenus dans les passes au cours des dix dernières années.
23 juillet 1990
Le Président du Conseil Général vient à Arcachon et assure que "les professions maritimes, en particulier les pêcheurs, seront les premières et exclusives bénéficiaires des importants investissements qui s'avéreront nécessaires".
27juillet 1990
Après le chambardement hivernal, louverture de la zone sablonneuse, à la jonction du Bassin et de l'océan, est devenue un problème crucial. Avant un éventuel dragage, on améliorera le balisage de la passe nord.
Nous sommes aujourd'hui en octobre 1990, il faut conclure, mais auparavant notons que depuis le 11 ème siècle jusqu'à juillet 1990, tous les projets d'amélioration des passes n'ont eu pour suite... qu'un balisage.
CONCLUSION
Le vendredi 29 juin 1990, au C.P.I.E. du Teich, l'Association du Bassin versant Arcachon pour la défense de la nature et de l'environnement a tenu séance. Dans le rapport de synthèse de celle-ci
il est dit:
1) La communication Bassin-Océan, dénommée Passes d'entrée du Bassin d'Arcachon, est un des problèmes très sensibles de notre région. Unique en son genre, séculaire dans son évolution, il se situe hors de portée des capacités humaines d'intervention dans sa partie extérieure.
2) Dans sa partie intérieure, une restructuration du profil hydrologique de certains chenaux, le rabotage des crassats de proximité océanique, peuvent contribuer à une amélioration des conduits naturels de jusant vers les passes d'entrée. Le problème est de la compétence des services hydrographiques et maritimes concernés.
Ces deux points serviront de conclusion à cet exposé, mais voulant être clair, nous ajoutons ceci :
1) Les bancs de sable qui obstruent les passes sont des dunes sous-marines mobiles. On a fixé les dunes terrestres mobiles ; s'il n'est pas possible de fixer les dunes sous marines, il serait bon que les techniciens et les hommes politiques responsables le disent ouvertement à ceux qui vivent de la pêche.
2) L'augmentation du volume d'eau emmagasiné dans le Bassin serait, sans contestation possible, chose utile, et pour le maintien en état de la passe, et pour l'ostréiculture. Il serait honnête de la part des mêmes responsables de dire ce qui l'empêche : difficultés techniques ou coût financier des opérations ? Car il en est qui pensent que le maintien d'un port de pêche à Arcachon est d'un intérêt plus général que la construction d'un port routier.. sur l'estuaire de la Gironde.
Jacques RAGOT
Président Honoraire de la Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch
Texte tiré des Actes du Colloque Arcachon - Octobre 1990
" Le Littoral Gascon et son Arrière Pays I "
NOTES ET RÉFÉRENCES
(1) - Jacques Bernard, Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400, vers 1550). Paris 1968, p.47-50.
(2) - Mémoire de M. de Courson sur la généralité de Guienne. B.M. Bordeaux.
(3) - Manuscrits de l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Bordeaux.
(4) - Mémoire de M. de Mesny, ingénieur géographe. A.D. Gironde, C 2413
(5) - Ce document de 1768, sans signature, est attribué au capitaine de vaisseau de Kearney, ingénieur géographe du roi, envoyé à La Teste pour étudier la possibilité de créér un port de guerre dans le Bassin d'Arcachon, mais, d'après Jouannet (1837), l'administration lui ayant fait éprouver d'injustes désagréments, M. de Keamey supprima son travail et on n'en a retrouvé aucun vestige (?).
(6) - Mémoire de 1779. B.M. Bordeaux.
(7) - A.D. Gironde, C 3603.
(8) - Mémoire sur les landes de Guyenne, le canal projeté de Bordeaux à La Teste et le Bassin d'Arcachon,A.N, C 4.175.
(9) - En gascon: Pêche en haute mer.
(10) - Composée de MM. Billaudel, Beautemps-Baupré, Le Saulnier de Vaubelle, Sauvage, Legallais, Clémenceau ; elle se transporta plusieurs fois sur les lieux.
(11) - Deuxième rapport à la Commission de Surveillance de la Compagnie d'Exploitationet de Colonisation des Landes de Bordeaux, créée le 2 juillet 1834.
(12) - A.D. Gironde. 6 J 42.
(13) - Gérant du Journal Le Phare d'Arcachon.
(14) - Jean Lacou, Les heures d'un prisonnier, ouvrage écrit pendant le mois de prison qu'effectua l'auteur,condamné pour un délit de presse.
(15) - Lettre parue dans le journal La Guienne.
(16) - Clavel, Notice sur le Bassin d'Arcachon, B.M. Bordeaux G.F. 36 1.
BIBLIOGRAPHIE :
Les Ouvrages Non Commercialisés :
François Manaud : "L'évolution morphologique récente du Bassin d'Arcachon" .
Thèse de 3° cycle - Université de Bordeaux - 1971.
J.M. Froidefond : "Processus d'évolution d'un littoral sableux au cours de l'holocène..."
Thèse d'Etat - Université de Bordeaux I - 1982.
Schéma de mise en valeur du Bassin d'Arcachon - (S.M.V.M) - Livre Bleu - 1996.Les Ouvrages Commercialisés :
Pierre-Jean Labourg et Jean-Marie Bouchet : "Du sable encore du sable ", extrait de "Le Pilat , la Grande dune et le Pays de Buch ". Collectif, Arpège 1983 (50F + 16F).
Jacques Ragot :"Projets successifs d'amélioration des passes du Bassin d'Arcachon",
Jean Marie Bouchet : "Evolution du Bassin d'Arcachon et des conditions de navigation", extraits de "Le littoral Gascon et son arrière pays - I". Actes du Colloques - 1990 (épuisé).Jean Marie Bouchet :"Le Bassin d'Arcachon : passé presque certain et devenir possible " extrait "dArcachon à Andernos". Actes du Congrès de la F.H.S.O - 1997(300F + 20F).
Michel Boyé : " Les passes du Bassin d'Arcachon dans les archives de Vincennes" - Bulletin de la S.H.A.A - N°93 et N°94 - 1997.(80F les deux +16F).
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